L’Autriche, l’Europe et les vieux démons

Dimanche dernier, l’extrême-droite est arrivée en tête du 1er tour des élections présidentielles autrichiennes. Le FPÖ, formation nationaliste et conservatrice, jadis incarnée par Jorg Haïder, a balayé la grande coalition formée par les sociaux-démocrates et les conservateurs.

C’est un bouleversement inédit depuis la fin de la seconde guerre mondiale qui vient de se produire dans ce pays, pourtant épargné par les crises sociales et économiques secouant le Vieux Continent.

Avec plus de 35% des voix, Norbert Hofer, le leader du FPÖ est particulièrement bien placé pour devenir le prochain président autrichien. Jeune et charismatique, il était, il y a peu, inconnu du grand public mais s’impose désormais comme un personnage politique incontournable.
Ses idées font pourtant blêmir : anti-immigrants, xénophobe, il porte régulièrement une arme sur lui estimant qu’il s’agit d’une « réaction naturelle » à la crise des réfugiés.
Mais en critiquant sans relâche le gouvernement et en prenant quelques distances avec les éléments les plus radicaux de son parti, il est parvenu à offrir un visage plus lisse de sa famille politique.
Cette œuvre de dédiabolisation fait rêver jusqu’en France, où Marine Le Pen a salué dimanche un « magnifique résultat ».

Plusieurs leçons sont à tirer de ce scrutin.
La jeunesse a massivement voté pour le FPÖ et a voulu sanctionner la grande coalition gauche-droite en place depuis des années.
Faute d’apporter une alternative crédible ou de donner un horizon nouveau, nombre de votants se sont réfugiés dans un vote sanction si puissant que sociaux-démocrates et conservateurs ont purement et simplement été éliminés, enregistrant, au passage, des scores au plus bas.
Parallèlement, c’est un candidat indépendant soutenu par les Grünen (écologistes) qui tire son épingle du jeu et arrive en seconde place. La lassitude vis-à-vis d’un bipartisme à bout de souffle et aux relents technocratiques semble avoir joué en sa faveur.

La situation autrichienne sonne donc comme un avertissement dans un pays qui, resté prospère malgré les difficultés, voit l’extrême-droite triompher.
Sans avoir su présenter des solutions innovantes et crédibles, les grands partis se voient durement sanctionnés, et bien que comparaison ne soit pas toujours raison, cette élection devrait nous alerter et faire réfléchir ceux qui espèrent voir naître en France un régime d’alliance rassemblant des forces politiques contradictoires.
Le consensus à tout prix est, en effet, illusoire : une démocratie a besoin de débats, d’affrontements d’idées, d’alternatives et de choix.
Vouloir réduire cette nécessité risque de faire naître un
mécontentement qui, tôt ou tard, finira par s’exprimer.

Faudra-t-il voir le Front National se hisser en tête d’une élection présidentielle pour en prendre conscience ?
Il ne faut ni l’espérer, ni le souhaiter, car lorsque les forces de l’extrême-droite s’emparent du pouvoir et se déchaînent, nul ne peut prédire où elles s’arrêteront…

L’Autriche, l’Europe et les vieux démons

Nuits Debout, aube citoyenne

Depuis quelques semaines au cœur des grandes villes, des places publiques sont devenues les lieux de rassemblements spontanés.
Paris, Lyon, Marseille Bordeaux, Clermont-Ferrand, Amiens et bien d’autres, le mouvement des « Nuits Debout » fait tâche d’huile.
Pensées, au départ, comme un moyen de se faire entendre lors du débat sur la Loi Travail, ces assemblées élargissent progressivement le cercle de leurs préoccupations et deviennent de véritables forums où un nouveau type de démocratie s’exerce et se construit.

Face au déluge de critiques contre ces militants pourtant pacifistes, la Gauche se doit de prendre position et de réagir, car bien loin de représenter un danger pour l’ordre public, les Nuits Debout possèdent des qualités réjouissantes.

Comment ne pas s’enthousiasmer devant ces initiatives, qui ne connaissent ni leader ni porte-parole et fleurissent soudain, animent des débats, apportant avec elles une nouvelle façon de voir et de faire de la politique ?
En s’affranchissant des cadres, parfois trop rigides, des institutions politiques traditionnelles, elles deviennent l’endroit où convergent des personnes très différentes mais toutes unies par la volonté d’agir, de prendre leur avenir en main.

En ce sens, elles ne font pas que réunir des luttes éparses, mais deviennent aussi une force d’éducation populaire, notamment pour les jeunes faisant leurs premiers pas en politique, un endroit de création de lien social et d’ouverture. Elle concrétise, de façon surprenante et inédite l’idéal républicain qui veut que chaque citoyen s’empare de la question sociale et soit la propre solution aux problèmes de son temps.

Si le mouvement n’en est qu’à ses débuts et connaîtra sûrement des ratés, il serait injuste de le disqualifier par avance, sans reconnaître ses vertus démocratiques et son indéniable fraîcheur.
Ne laissons donc pas prise aux discours désolants dénonçant une supposée « privatisation de l’espace public » : ils ne viennent que de responsables politiques apeurés de voir se mettre en place un exercice démocratique et public de la citoyenneté.

Cependant, il serait également excessif d’y voir l’émergence d’une force politique nouvelle. Encore fragiles, et essentiellement contestataires, les Nuits Debout vont devoir, pour survivre et prolonger leurs ambitions, trouver un débouché politique. Faute de quoi, les bonnes intentions risquent de s’évanouir dans quelques semaines…

Verrons-nous un Podemos à la française se construire sur les bases de ces assemblées citoyennes ?
Cela reste à confirmer, mais notre République a tout à gagner à ce que les citoyens descendent dans la rue et utilisent l’espace public pour revendiquer plus de justice sociale et de démocratie.

Nuits Debout, aube citoyenne

Tariq Ramadan à Bordeaux : doit-on autoriser sa conférence ?

Et si Bordeaux avait besoin d’apaisement et d’un discours anti-raciste, laïc et républicain ? C’est la question que j’aimerais poser au Maire, Alain Juppé, car je suis très attristée que notre ville, qui a une tradition de tolérance et de vivre-ensemble, puisse accueillir Tariq Ramadan au Palais des Congrès le samedi 26 mars prochain à l’invitation de l’Espace Cultuel Musulman et l’association In Peace Event.

Au fait, qui est Tariq Ramadan ? Prédicateur fondamentaliste de la confrérie des Frères Musulmans, ce dernier vient d’intégrer officiellement l’Union Mondiale des Savants Musulmans (UMSM). Un organe dirigé par le théologien des Frères Musulmans : Youssef Al Qaradawi. Ce dernier, est un antisémite, homophobe et sexiste , auteur d’une fatwa autorisant à mener des attentats suicides.

En ces temps troublés, et plus que jamais, nous aspirons à entendre un discours anti-raciste et laïc et non d’un discours fondamentaliste porté par cet homme.

C’est pour toutes ces raisons que je condamne avec force et fermeté sa conférence qui ne fera qu’attiser amalgames, rejet et intolérance ! La Ville de bordeaux a su promouvoir et soutenir le dialogue interreligieux et interculturel déjà engagé par les cultes et favoriser un message de paix et de compréhension mutuelle entre les différentes communautés vivant à Bordeaux. J’attends donc du premier édile de notre ville de prendre position officiellement.

Tariq Ramadan à Bordeaux : doit-on autoriser sa conférence ?

Kamel Daoud et Camus, même combat

Cible des islamistes dans son pays, l’écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud n’a pas non plus que des amis chez les intellectuels français. Voilà qu’une deuxième fatwa s’abat sur ce libre penseur. Les auteurs de ce nouveau procès en sorcellerie ne sont pas des barbus mais une poignée d’universitaires français bien-pensants. Dans une tribune publiée par Le Monde, nos torquemadas de salon accusent Daoud d’islamophobie.

En défendant les femmes de Cologne face à leurs agresseurs, l’écrivain se serait rendu coupable du pire des crimes : décrire la réalité sans le filtre déformant du politiquement correct. Qu’a donc écrit Kamel Daoud pour mériter cette « fatwa laïque » bien nommée par Fawzia Zouari ? Dans sa lecture des agressions sexuelles de Cologne, il a rappelé que dans le monde musulman existe un fondamentalisme qui encourage à soumettre les femmes, à entraver leurs libertés, à les considérer comme des objets, ce qui a conduit in fine à ces exactions. Pas vraiment un scoop, même si les violences faites aux femmes existent aussi ailleurs. En appelant à l’égalité entre femmes et hommes, au réveil des consciences, Kamel Daoud ignorait qu’il entrait dans le camp des islamophobes.

À chaque époque ses intellectuels fourvoyés et ses inquisiteurs. L’acharnement absurde contre l’auteur de « Meursault, contre-enquête » rappelle d’une certaine manière celui dont fut victime Albert Camus. À une époque où le mirage du totalitarisme soviétique aveugle encore une bonne partie de l’intelligentsia française, l’auteur de « L’Étranger » est un exemple de lucidité. Camus voit clair, se démarque de Jean-Paul Sartre, ses écrits tapent violemment contre toutes les formes de complaisance à l’égard du fascisme déguisé en escroquerie collectiviste. Les défenseurs des goulags qui font régner la terreur sur la pensée française lui tombent dessus avec véhémence.

Comme Kamel Daoud, Albert Camus avait beaucoup d’ennemis. En gros, tous ceux qui n’ont rien compris aux forces du bien et du mal à l’œuvre au siècle précédent, ou qui, par idéologie, ont préféré détourner les yeux. L’histoire a donné raison à Camus, qui a désormais des lecteurs aux quatre coins de la planète, admiratifs devant l’œuvre monumentale de ce témoin lucide des barbaries colonialistes et idéologiques du XXe siècle.

Au-delà du style Camus, de la musique de sa prose, de son incroyable humanité, l’écrivain natif d’Algérie m’a toujours impressionné par sa constance à ne jamais se tromper sur le fond. Albert Camus était plus qu’un grand écrivain : il était un philosophe, un grand lucide, un sage, une lueur dans le brouillard moral de la guerre froide, et sans doute le grand humaniste du XXe siècle. Lire Camus très jeune a nourri mon horreur du dogmatisme et des idéologies, et mon amour de la démocratie, de la nature, de la vie. Il m’a convaincu qu’une bonne politique devait être le souci conjoint de la justice et de la liberté. Car la justice sociale sans la liberté conduit à la dictature, et la liberté sans justice ne mène qu’à l’ultralibéralisme déshumanisé.

L’œuvre d’Albert Camus est intemporelle et influencera les futures générations de lecteurs. Elle influence encore les écrivains, dont le formidable écrivain qu’est Kamel Daoud qui, dans son roman « Meursault, contre-enquête » (prix François Mauriac 2014 remis par Alain Rousset), rend un hommage en forme de contrepoint à « L’Étranger » de Camus. Comme le dit le Premier Ministre, abandonner Daoud à son sort, ce serait nous abandonner nous-mêmes.

Kamel Daoud et Camus, même combat

Quand Cerise monte à Paris

Comme chaque année, la plus grande ferme du monde a ouvert ses portes pour faire découvrir au grand public le monde agricole français.
Mais c’est sur fond de crise que les agriculteurs et les paysans ont installé leurs stands et leurs animaux.

Depuis plusieurs décennies, l’agriculture en France a subi de nombreux bouleversements qui ont entraîné des restructurations d’ampleur : si la population active agricole a, longtemps, pesé lourd dans l’ensemble des travailleurs, elle ne représente aujourd’hui plus que 3% des actifs français. Parallèlement, la mécanisation accélérée et les progrès techniques ont permis de réaliser une large augmentation de la production.

Ce qui est un réel progrès masque pourtant difficilement des problèmes de plus en plus aigus. La course à la production, alliée à une dérégulation du secteur, ont poussé à une chute conséquente des prix de vente.
La principale conséquence qui s’en est suivi est le recul du revenu de nombreux agriculteurs qui, faute de débouchés et à cause de prix trop bas, en viennent à vendre à perte leur production. Les exemples ne sont pas rares et les crises récurrentes sur le lait ou la viande porcine ne sont que la partie émergée de l’iceberg.

Il convient donc d’apporter tout notre soutien à des agriculteurs souvent dans la détresse, au point de vouloir souvent se retirer du métier plutôt que de subir une vie professionnelle qui ne semble plus rien leur apporter. Pire, nombreux sont ceux qui, dans un trop grand désespoir, ont mis fin à leurs jours à force d’épuisement et de découragement.

Mais les mots ne suffisent pas : des actions politiques fortes sont à mener, qui doivent aider à la transformation du monde agricole.
Il ne s’agit pas simplement de trouver de nouveaux marchés et d’espérer que la fin de l’embargo russe sur la viande de porc vienne tout résoudre, il faut mettre fin au gigantisme et au productivisme à outrance. Produire à tout va, sans contrôle, enfonce les petits exploitants, maintient les prix artificiellement bas et cause de graves problèmes écologiques.

Au contraire, il faut réguler le secteur et empêcher que la loi de la jungle ne s’y installe. Il faut accompagner les producteurs vers un modèle plus qualitatif et une agriculture raisonnée où les prix sont garantis et les volumes contrôlés.
De même, en temps de crise sanitaire, les pouvoirs publics doivent faire preuve de solidarité, comme le fait la Région Aquitaine-Poitou-Charentes-Limousin qui a annoncé la prise en charge du financement des investissements de biosécurité dans les exploitations agricoles, pour faire face à la grippe aviaire.

L’agriculture française peut et doit se réformer, se réinventer. Elle doit pouvoir continuer à faire montre de ses talents, de son savoir-faire et de son excellence qui sont les piliers de ses réussites. C’est en suivant ce chemin que Cerise, la vache bazadaise vedette du Salon de l’Agriculture pourra, un jour, revenir plus sereine à Paris.

Quand Cerise monte à Paris

Retour sur la loi travail

L’annonce du projet de loi relatif à la réforme du marché du travail a fortement fait réagir, bousculant ainsi une partie de la Gauche politique et syndical et suscitant de nombreuses interrogations.

Réformer le marché du travail est un espoir porté par chaque
Gouvernement. Devant un chômage de plus en plus envahissant, une précarité qui augmente et une insatisfaction croissante des travailleurs et des entreprises, beaucoup de choses furent tentées, mais bien peu ont réussi.
Le Gouvernement veut, aujourd’hui, s’y attaquer en présentant une série de lois modifiant structurellement les règles en vigueur.

Il convient de le dire d’emblée : les propositions avancées ne sont pas satisfaisantes.
La tonalité générale du texte surprend, car elle reprend à son compte des solutions d’inspiration libérale qui, ailleurs, ont échoué.

Comment ne pas être surpris, et même inquiet, quand l’une des mesures avancées veut étendre le temps de travail possible de 44 à 46 heures ? quand une autre propose de réduire les indemnités prud’homales à 15 mois de salaire maximum ? quand on voit possible qu’un apprenti mineur travaille jusqu’à 10 heures par jour et 40 heures par semaine ?

D’une façon générale, cette loi veut généraliser des accords passés au sein des entreprises, ce qui reléguerait la loi – premier outil de protection des salariés – à un cadre secondaire.
Cette inversion de la hiérarchie des normes risque de mettre en péril la sécurité et le bien-être de millions de travailleurs qui, faute d’être représentés ou de pouvoir se défendre, seraient contraints de subir ces accords.

Nous ne pouvons accepter cette loi en l’état.
Réformer est une intention louable si cela va dans le sens du progrès social. Dans le cas contraire, la notion de réforme perd son sens et la protection des salariés régressent.

Pourtant, rien n’est perdu et cette volonté de changer les choses peut encore se transformer en succès.
Il faut, pour cela, que le Gouvernement écoute et prenne réellement en compte les inquiétudes qui se font jour comme les propositions alternatives : en améliorant la représentativité des travailleurs, en renforçant la protection des plus fragiles et de ceux qui sont victimes du chômage, un nouvel équilibre peut être trouvé au bénéfice de tous.

Retour sur la loi travail

Burn-out : un mal moderne

Alors que l’Assemblée Nationale s’apprête à examiner une proposition de loi sur le burn-out, les personnes victimes de cette pathologie souffrent toujours d’un déficit de reconnaissance.

Le burn-out, ou syndrome d’épuisement professionnel, est un ensemble de symptômes : fatigue intense, désintérêt face à son travail, sentiment d’impuissance qui peut mener à la dépression en sont les principales caractéristiques.
Ce sont trois millions de Français qui pourraient être touchés et si, jusqu’alors, la France ne le reconnaît pas comme maladie professionnel, l’Organisation Mondiale de la Santé en défini clairement les contours. Cet organisme a d’ailleurs classé notre pays comme étant particulièrement exposé.

La souffrance au travail est un enjeu majeur.
C’est un enjeu économique, car il n’est pas possible d’imaginer que notre appareil productif fonctionne convenablement dans de telles conditions. Avec des travailleurs malades, l’innovation et la productivité en pâtissent.
C’est aussi et surtout un enjeu humain : nous ne pouvons concevoir, sans rien faire, une France malade de son travail, rongée par le stress et l’anxiété, où les salariés, les ouvriers, les artisans, les fonctionnaires ne pourraient plus se construire et s’émanciper grâce à leurs activités professionnelles.

Il est donc urgent d’agir et de s’attaquer à ce problème de santé publique. C’est ce que propose Benoît Hamon, que je soutiens dans sa démarche.
Cette loi, si elle était adoptée, faciliterait les recours pour faire reconnaître le syndrome d’épuisement au travail comme maladie professionnelle. Il est, aujourd’hui, très difficile d’y parvenir : seuls 200 cas ont été reconnus en France en 2015, contre 19 000 en Belgique.
83 députés soutiennent ce texte, il faut maintenant aller jusqu’au bout !

La reconnaissance du burn-out serait un réel progrès social. Dans un monde du travail de plus en plus dur et concurrentiel, il faut ériger de nouvelles protections pour tous les travailleurs et ne pas laisser la seule loi du marché décider de la santé de millions de nos compatriotes.
Nous avons tous, individuellement et collectivement, à y gagner. Ce n’est que sur des bases saines et solides que nous pourront construire l’économie forte et dynamique de la France de demain.

Burn-out : un mal moderne

« Etre raciste, c’est se tromper de colère »

Quinze ans après sa disparition, cette phrase de Léopold Sédar Senghor demeure d’une brûlante actualité alors même que, cette nuit, une boucherie hallal et un restaurant ont été la cible de tirs d’armes de guerre, dans la commune de Propriano.
Il ne fait plus guère de doute que le caractère antimusulman de ces actes est avéré.
Ce fait divers n’aurait pu être que l’expression isolée d’un racisme imbécile s’il ne s’inscrivait pas dans un contexte global des plus inquiétants.

La condamnation nécessaire de cette attaque et le soutien qu’il faut apporter aux victimes ne doit pas nous faire oublier d’analyser la situation.

Car depuis plusieurs mois, un climat délétère aux accents antimusulmans s’installe dans notre pays.
Au-delà de la Corse, c’est dans toute la France que des méfaits racistes sont perpétrés contre des personnes qui n’ont, comme seul tort, prétendument ou non que d’avoir une religion ou à être vu comme tel.

Les musulmans de France payent au prix fort les assimilations, amalgames absurdes faites avec les terroristes. Ils sont devenus les boucs émissaires faciles dans un moment difficile que traverse notre pays.

Combien de fois faudra-t-il répéter que ces Français ne sont en rien responsables de la folie de quelques esprits malades ? que les musulmans du monde sont les premières victimes du terrorisme ? et que, surtout, viser nos compatriotes ne sera jamais la solution à aucun de nos problèmes ?

Ardents défenseurs de la France tolérante des Lumières, il faut, aujourd’hui, plus que jamais, réaffirmer cela et porter dans le débat public les bonnes questions.

La situation internationale, que l’on sait tendue, ne peut expliquer à elle seule ce déchaînement de violence.
C’est un mal plus profond qui ronge la République. Une crise sociale et économique sans précédent depuis la fin de la seconde guerre mondiale gangrène notre pays et mine, chaque jour un peu plus, le pacte républicain. La misère sociale et économique qui s’abat sur tant de nos compatriotes, le sentiment d’impuissance, de fatalité, la peur de l’avenir poussent à chercher des responsables commodes.
C’est ce rôle sinistre que l’ont veut faire jouer à nos compatriotes musulmans.

Le vivre-ensemble souffre et les Français avec. Sera-t-il nécessaire de revivre les malheurs de nos anciens pour le comprendre à nouveau ?
Il faut espérer que non et, pour cela, agir.

Agir fermement, en cherchant et en punissant sans relâche les coupables de ces agissements scandaleux. Il ne faut rien laisser passer et assurer, partout, la justice pour tous, car elle est un pilier essentielle au fonctionnement de notre société.
Mais plus encore, il faut employer toute notre énergie à redonner confiance en la France, en son avenir et mener, au plus vite, une action publique ambitieuse dans tous les domaine pour redonner au mot « fraternité » sa réalité la plus vivante.

« Etre raciste, c’est se tromper de colère »

Code du travail : des détails qui n’en sont pas

Longtemps annoncée, la réforme du Code du travail est en passe d’être menée. Un rapport, commandé à Robert Badinter, a été remis au Gouvernement le 25 janvier dernier, et doit servir de socle pour la réécriture du texte qui encadre la vie professionnelle de millions de Français.

Dans les grandes lignes, ce rapport reprend l’essentiel des principes du texte précédent : 61 points viennent réaffirmer le droit à la sécurité au travail, la non-discrimination, le CDI ou encore l’encadrement de la durée légale. Une nouveauté cependant, et d’importance : la laïcité est introduite dans le projet.
A première vue, peu de concessions ont été faites aux organismes patronaux qui cherchent, depuis des années, à réduire le plus possible la portée de ces droits qu’ils jugent néfastes pour leurs affaires.

Mais en regardant de plus près, il y a pourtant lieu de s’inquiéter.
Au-delà de ces belles intentions, le corps même du projet laisse prise aux doutes et fait craindre le passage d’une étape supplémentaire dans la dérégulation sociale.
En effet, si jusqu’à présent le Code du travail était, en droit, la référence, le nouveau texte permet de substituer à la loi des accords d’entreprises. En clair, les entreprises auront une bien plus grande latitude pour fixer les règles du jeu. Les partenaires sociaux seront, certes, consultés, mais ne pourront plus s’appuyer efficacement sur la loi pour se défendre. Et qu’en sera-t-il des entreprises où les syndicats sont peu présents ou absents?

Alors que moins de 8% des salariés français sont syndiqués selon les chiffres de l’OCDE, plus de 99.80% des entreprises françaises sont soient des PME, soit des microentreprises (selon l’INSEE). Ainsi, outre le problème de la représentativité, qu’en sera t’il des négociations lorsqu’il n’y aura aucun, ou qu’un seul, représentant du personnel dans l’entreprise?

En ce qui concerne la durée légale du temps de travail, c’est bien la fin des 35 heures qui se profile, ce qui avait été annoncé par le Premier Ministre depuis Davos. La majoration des heures supplémentaires se décidera entreprise par entreprise, ce qui se traduira inévitablement par un recul du pouvoir d’achat des salariés si ces majorations sont réduites : aujourd’hui prévues à 25%, elle pourront être abaissées à 10%, peut-être moins…

Quel poids auront les salariés pour négocier la rémunération des heures supplémentaires qu’ils seront tenus de faire? Aucun. Quel pouvoir de négociation aura un candidat lors d’un entretien d’embauche sur cette question? Aucun. C’est à la loi, et seulement à la loi de régler ce problème pour que l’égalité ne soit pas un vain mot en matière de droit du travail et de temps de travail.
C’est aussi le risque de voir un durcissement des conditions de travail, une mise sous pression supplémentaire des salariés, car aucun des organismes représentatifs (Comité d’Entreprise, Comité d’Hygiène et de Sécurité, Conseil Administratif) n’est mentionné dans le rapport Badinter. Que deviennent-ils ? Et quels recours seront permis pour les salariés licenciés abusivement ou harcelés?

Trop de questions, trop de « détails » restent en suspens pour se satisfaire de ce projet de réforme.
Le prétexte de la simplification ne saurait être invoqué pour attaquer le Code du travail. Déjà réécrit et « simplifié » en 2004 par la Droite, rien de ce qui en était sorti alors n’a eu d’effet significatif sur le chômage. Au contraire, ce dernier n’a cessé d’augmenter et les souffrances au travail se sont accrues.

La dérégulation et la précarisation des travailleurs ne conduisent pas à la prospérité. Les principes généraux du rapport Badinter, s’ils sont louables, maintiennent trop de zones d’ombre. Plus que de grandes déclarations, il nous appartient désormais d’être vigilants pour que les craintes de régression sociale ne se transforment pas en réalité.

Code du travail : des détails qui n’en sont pas

La formation à la loupe

Face au chômage persistant, le Gouvernement a décidé d’agir en utilisant le levier de la formation.

Ainsi, un plan ambitieux doit voir le jour et faciliter l’accès à des formations de qualité pour 500 000 chômeurs.
Nombre de filières professionnelles sont, aujourd’hui, confrontées à un grand déficit de personnel qualifié ; la mise en adéquation d’une offre de travail compétente et bien formée avec des besoins nombreux, notamment dans le BTP ou l’artisanat, est donc un moyen efficace de réduire le nombre de chômeurs.
Il en est de même dans les métiers des services à la personne, filière d’avenir, dans laquelle les professionnels vont être de plus en plus demandés.

Dans ce domaine, la grande région Aquitaine-Poitou-Charentes-Limousin, dirigée par Alain Rousset et Catherine Veyssy pour la formation, prend dores et déjà toute sa place et a fait de cette exigence l’un de ses points forts. De nombreuses de formation sont disponibles et le bilan en la matière est exemplaire. Notre territoire a su, mieux qu’ailleurs, enrayer les destructions d’emplois et préparer les jeunes générations aux métiers de demain.

Toutefois, ce plan, qui reste une bonne nouvelle, ne peut être vu comme une solution unique. Notre pays compte plus de 3 millions de demandeurs d’emplois, mais seules 500 000 offres sont effectivement non pourvues.

Au-delà de la formation, nécessaire, l’urgence est dans
l’investissement. C’est ce levier qui est à même de créer de
l’activité économique et donc de faire naître de nouveaux gisements d’emplois pérennes, stables et durables.

Face au déficit d’investissement privé, l’Etat doit prendre ses responsabilités en encourageant cet investissement et, au besoin, en s’y substituant pour répondre aux défis économiques à venir.

La formation à la loupe